Le Travail Qui Relie en Suisse romande
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Le 21 mars et 23 mai 2026, retrouvez les "Balade et Reliance" proposées par le Conviviabule à Neuchâtel
En plus d'événements ponctuels, nous vous proposons des ateliers ou stages de TQR sur mesure : vous réunissez un groupe de 10 à 50 personnes, vous avez un lieu où faire l'atelier de quelques heures ou le stage de quelques jours, nous venons avec plaisir faciliter le processus du Travail Qui Relie.
Nous sommes la nature
Nous ne nous émerveillons pas des beautés de l'univers, nous sommes l'univers qui s'émerveille de sa propre splendeur.
Nous ne pleurons pas la destruction de la Terre et de ses merveilles, nous sommes la Terre qui pleure sa propre perte.
Nous ne sommes pas séparés de la nature, nous sommes la nature.
Nous ne défendons pas la nature, nous sommes la nature qui se défend.
Micaël Metry
Work That Reconnects
Le poème ci-dessus illustre les quatre étapes de la spirale du Travail Qui Relie : la gratitude, la peine, le changement et l'action. Ce processus a été élaboré par l'activiste et philosophe Joanna Macy dans les années 70 et a porté plusieurs noms jusqu'à celui-ci : Work That Reconnects ou Travail Qui Relie en français. Son principal objectif est de répondre au désespoir des humains face à la destruction du monde et permettre d'agir pour la vie sur Terre. Après plus de quarante ans d'existence, cette méthode a inspiré de nombreux activistes et mouvements à travers le monde.
Ce processus de reconnexion en quatre étapes nous permet de : Nous ancrer dans la gratitude et prendre réellement conscience du cadeau de la vie, de la beauté de la Terre, du mystère de l'univers. Honorer notre peine pour le monde car il est inévitable d'être affecté par ce qui s'y passe. Ce qui est pathologique à l'heure actuelle, c'est de ne rien ressentir. Changer notre perception quant à notre relation à la nature ce qui permet un changement de paradigme majeur de la culture occidentale. Nous engager pour opérer une véritable transformation de notre monde. En ressentant très concrètement notre interdépendance, nous prenons conscience de notre pouvoir d'agir pour opérer les changements nécessaires à une vie durable sur Terre. Actions de résistance, créations d'alternatives et soutien au changement de paradigme culturel.
On en parle
Organismes qui utilisent le Travail Qui Relie en Suisse
Réseau Transition Suisse Romande
TransformAction Lab
Hub des possibles
Au Coeur de la Transition
Ateliers de Travail Qui Relie en francophonie
Joanna Macy : Récit d'une rencontre par Micaël Metry
Si tu connais cette grande femme de l'écologie, tu sais sans doute qu'elle a quitté notre monde le 19 juillet dernier.
Parce qu'elle m'a un jour encouragé à raconter mon engagement, notamment ma campagne pour le Conseil d'État, et qu'une amie, facilitatrice du Travail Qui Relie, m'a remercié de l'avoir rendue plus proche, j'ai envie de te partager ma rencontre avec Joanna Macy. J'espère être fidèle à ce qu'elle m'a transmis. Ce texte parle de moi, d'elle et de nos échanges. Le ton est personnel, parfois un peu narcissique j'en suis conscient et m'en excuse, mais authentique. Je crois avoir écrit pour moi avant tout. Tu peux lire ce qui suit, le partager plus loin ou te rendre directement à la partie suivante.
Tout a commencé en 2016, lors d'un stage d'"écopsychologie pratique" dans le Jura animé par Elise, Sarah, Manuela, Daniel et Tristan (gratitude infinie à elleux). Je n'avais alors aucune idée de ce qui m'attendait. Durant quelques jours, nous avons traversé la spirale du Travail Qui Relie, un processus composé de diverses pratiques et rituels comme le "Mandala de la vérité". Pour moi, cette expérience a été transformatrice. J'ai pris conscience de ma "douleur pour le monde", de ma connexion avec le vivant et de mon pouvoir d'agir. J'ai alors déniché le livre "Ecopsychologie pratique et rituels pour la terre" (dont le titre n'est pas fidèle à la version originale "Coming Back to Life" selon Joanna), continué à me former avec Terr'Éveille et commencé à co-animer moi-même des ateliers de TQR. En 2019, je suis intervenu pour plusieurs collectifs actifs pour le climat, dont Fridays for Future avec Greta Thunberg et 400 jeunes du monde entier réunis à Lausanne où j'ai proposé l'exercice "The Milling" (Entrecroisements), moment qui restera gravé dans ma mémoire pour toujours.
En 2020, j'ai rejoint le Work That Reconnects Network pour participer à l'émergence d'un réseau international. Sans attentes, j'ai écrit à Joanna (sur son site) pour le lui dire et lui témoigner ma gratitude et ai reçu le jour même une réponse de son assistante Anne qui me disait que Joanna était très heureuse de mon choix. En novembre 2021, je lui ai réécrit en lui demandant naïvement de préfacer un livre que je souhaitais écrire sur le Grand Tournant (Great Turning). Alors qu'elle m'a répondu par la négative, elle m'a proposé de nous appeler le lendemain. Nous nous sommes retrouvées en ligne et avons parlé de la Suisse et notamment du Château de Muzot près de Sierre où elle est allée il y a des années, ayant été largement inspirée par le poète Rilke. Elle m'a aussi parlé du fait que le Grand Tournant allait de pair avec la Grande Désagrégration (Great Unravelling) de notre monde et on ne sait pas laquelle de deux forces gagnera. Elle a terminé en soulevant l'importance de nous tourner les unes vers les autres et m'a proposé de la rappeler.
La fois d'après, j'ai cherché à comprendre ce qu'elle voulait dire par "on ne sait pas si on va y arriver". Elle m'a parlé d'un rêve qu'elle avait fait où la Terre se fait moquer par d'autres planètes parce qu'elle est détruite, et la Terre répond : "oui, mais j'ai connu l'humanité qui a essayé de me protéger et à travers laquelle j'ai pu m'émerveiller de moi-même, et tout cela fait sens". Cela me fait maintenant penser à cette citation de Joanna : "Il y a une chanson qui veut être chantée à travers nous. Nous devons simplement être disponibles. Peut-être que la chanson qui doit être chantée à travers nous est le plus beau requiem pour une planète irremplaçable, ou peut-être est-ce une chanson de renaissance joyeuse alors que nous créons une nouvelle culture qui ne détruit pas son monde." Cette ignorance du futur qui nous attend nous amène à vivre avec une incertitude radicale et c'est elle qui nous met en mouvement. Si nous savons que la transition va avoir lieu ou que le monde va s'effondrer, nous n'agirons pas. Cependant, elle n'écartait pas une vision positive de l'avenir comme moteur puissant et inspirant. Mais elle disait aussi que ce n'est pas en notre pouvoir de décider si nous allons réussir, seulement d'offrir le meilleur de nous-mêmes.
Lors de ces nombreux appels, nous avons toujours beaucoup discuté. Une fois, j'ai compris qu'il y avait deux prises de conscience nécessaires : la première concerne les effondrements en cours et à venir et la deuxième que tout est lié. C'est la première qui nous permet de faire un choix fondamental, celui de la vie, et de nous lancer dans la plus grande aventure de notre époque. La deuxième nous montre le chemin. Elle disait pour rire que des milliers Boddhisattvas faisaient la queue pour se réincarner en ce moment même sur Terre et répétait inlassablement que c'était incroyable de vivre à cette époque. Une autre fois, je lui ai demandé ce dont le monde avait le plus besoin. Elle m'avait répondu : recréer un sentiment d'appartenance et de gratitude pour mieux ouvrir nos cœurs insensibles. Pour Thich Nhat Hanh, qu'elle citait souvent, la première chose à faire est d'écouter en nous les échos de la Terre qui pleure.
Les appels suivants ont été teintées de son intérêt pour mes actions au service du Changement de Cap. Je lui ai parlé du Réseau Transition, des Doctors4XR, de l'Assemblée de la transition et de la Leyderry. C'est surtout la campagne AGISSONS POUR LA VIE qui l'a marqué et qu'elle a suivi avec intérêt : lorsque je poussais la Terre, lorsqu'elle a brûlé à la Riponne et lorsque j'ai remis le dernier rapport du GIEC aux sept Conseillers d'État vaudois le jour de leur élection. Elle avait fini par m'écrire : "I love watching you live your life. The role you play in the Great Turning is of great interest to me." Ce qui m'avait profondément touché. Elle m'avait invité à percevoir l'interdépendance et l'impact de nos actions dans le temps et l'espace, notamment pour les générations futures. Elle avait d'ailleurs raconté mon récit dans l'une de ses dernières conférences en ligne, probablement pour inspirer d'autres actions de ce genre.
Plus tard, je lui avais parlé des 8 Shields et de Jon Young qu'elle me disait connaître et dont elle respectait le travail. Un autre jour, elle m'avait transféré l'email d'un ami qui avait appris l'existence des Aînées pour la protection du climat (Suisse) et les deux se sont réjouis de leur engagement. Elle me parlait aussi de la guerre en Ukraine qui la touchait profondément.
Lors d'une de nos dernières rencontres, elle m'a dit que j'étais unique (mais qui ne l'est pas?). Lors de sa commémoration, j'ai appris qu'elle était comme ça avec tout le monde, en particulier les jeunes dont l'engagement nourrissait sa vitalité. Pleinement présente à chacun·e, très intéressée par la personne et ce qu'elle dit et vit, avec une curiosité presque enfantine. Elle rayonnait la joie, l'élan de vie, l'amour. D'elle émanait une constante gratitude et révérence pour la vie. C'est surtout elle qui était unique.
Un jour je lui ai demandé si elle était éveillée et elle m'a directement répondu : "Who cares?" ("Qui en a quelque chose à faire ?" J'avais trouvé sa réponse satisfaisante. Mais avec le recul, je me rends compte que c'est la meilleure réponse qu'une personne humble, désintéressée d'elle-même et profondément compatissante pour toute forme de vie sur Terre pouvait formuler.
La dernière fois que je lui ai parlé, c'était le 15 avril 2025, quelques jours avant un stage que je donnais. Ce dernier échange restera très spécial pour moi, car de tous nos appels, c'est celui qui aura été le plus personnel. Je lui ai parlé de ma vie de famille et de la ferme où j'habitais et elle m'a évoqué ses souvenirs des années 50 où elle aussi cherchait avec son mari Fran à vivre de manière alternative, à l'époque de la Beat Generation et des débuts de la contre-culture américaine. Et puis, son parcours de vie m'a inspiré, elle qui a eu trois enfants et une vie de famille bien chargée jusque dans les années 70, et qui a malgré tout milité contre le nucléaire, pour l'écologie et la justice.
Anne, qui m'avait déjà prévenu de sa pneumonie en décembre 2022, m'a réécrit fin juin 2025 pour me prévenir de l'état de santé de Joanna parce que "j'étais important pour elle". Je lui ai répondu que j'avais une infinie gratitude pour elle et son travail, qu'elle avait changé ma vie et que je continuerai à porter sa vision et à contribuer au Grand Tournant quoiqu'il arrive.
Comme beaucoup de facilitatrices l'ont fait remarquer lors de sa commémoration, Joanna Macy est passée de l'autre côté du monde vivant et fait désormais partie du monde des ancêtres. Que nous laisse-t-elle en héritage, à nous qui sommes toujours là ? Ses écrits et un immense corpus de pratiques et rituels qui s'appelle le Travail Qui Relie. Mais aussi sa sagesse de vie et de mort.
Après avoir suivi de près ses dernières semaines de vie sur Terre, observé la paix qui régnait chez elle et avoir lu les centaines ou milliers de personnes qui lui témoignaient de la gratitude, j'ai découvert un nouveau sens à ma vie : vivre et mourir comme Joanna Macy.
Je repense alors à un livre qui s'appelle The Good Ancestor et qui invite à une éthique de vie que je retrouve chez ma mentor. Oui, je veux contribuer au Grand Tournant quoiqu'il arrive, vivre pleinement ma vie sur cette Terre magnifique, ne pas nuire aux autres espèces et humains et regarder en arrière avec fierté.
Si je devais résumer en une phase la contribution principale de Joanna Macy pour le monde qu'elle a tant aimé, ce serait : En partant de la gratitude, oser regarder ce qui se passe sur Terre et se laisser toucher, pour prendre conscience de notre interdépendance et notre pouvoir d'agir.
Au sujet de l'action et de l'engagement, elle laissait ouvert, sans injonctions, avec la joie et l'amour comme boussole : "Tu n’as pas besoin de tout faire. Fais ce que te dicte ton cœur ; l’action efficace vient de l’amour. Elle est inarrêtable, et elle est suffisante.” Elle avait confiance dans le fait qu'une seule personne puisse radicalement changer les choses autour d'elle et elle en était la preuve vivante.
Pour terminer, voici quelques liens qui te permettront de connaître un peu mieux cette femme dont l'amour était bien plus grand que la peur :
Hommage de l'un des auteurs qui l'a le mieux comprise (c'est elle qui me l'a dit)